< J U N E >

Rencontre du 7eme type : vous. →

Si je reblogues pas il va me frapper alors je le fais. 

Ah oui. Il parle de moi, aussi. Le chenapan. Aller. Lisez. Cliquez sur la flèche bleue.

Précisions drôles, ou presque : 

- Ce mec est cool
- Ce mec est ambitieux
- Ce mec va crever devant François Descraques
- Ce mec vous remercie juste par politesse, en vrai il veut dominer le monde avec une armée de robots
- Ce mec essaie de me voler la vedette
- Ce mec n’accepte pas ma supériorité

Oui, j’ai essayé de le vendre à une usine de menuiserie, mais il n’était pas assez pure bois. Trop sobre le mec. Vanne nulle. Ca va, je connais la sortie.

Bon, vous cliquez sur cette flèche, ou ?
Ça parle de Frenchnerd, c’est cool Frenchnerd. 

CHAMPAGNE !


You stupid kids.

La musique couvre les discussions fortes peu intéressantes et les multiples cris qui peuvent animer cette soirée. Une fête comme on peut plus communément l’appeler. Des adolescents qui essaient de jouer le rôle de grand tout en proclamant « je suis jeune et je profite ». Profiter de quoi ? Boire pour se décoincer, danser pour se faire regarder, faire croire que l’on ne se soucie que de soi. Pourtant, tous nos sens nous alertent du quelconque regard vers votre corps. C’est ça, faire la fête. Une illusion de la popularité. Tout à coup tu peux te mettre à parler avec n’importe qui tu auras l’impression qu’il est devenu ton ami. On te propose un verre, un briquet, une chips et tu penses directement que c’est une technique de drague. En soirée plus rien ne compte, tu ne veux plus rester à parler dans un coin avec tes amis. Ils ne te servent plus à rien car tu sais que demain ils seront encore là près de toi. Alors que tous ces inconnus eux, il faut les conquérir. Comme une grande foire aux animaux. Toutes ces bêtes transformées sous emprise de l’alcool ou d’autre substance que l’on n’assimile plus comme illicite. Tu n’as alors plus aucune contrainte. Autonome, tu es maître de tes choix plus que jamais. Pas besoin de demander la permission à qui que ce soit. Cependant ce sera demain qu’il faudra assumer d’avoir joué les grands.

Moi, j’ai la chance de ne pas avoir à retrouver les noms au petit matin. J’ai la chance de ne pas avoir à supporter une journée sous l’emprise d’une migraine à t’en taper contre les murs. J’ai la chance d’être invisible. Personne ne me voit. Et pourtant je suis là. En plein milieu, sur cette chaise pas du tout confortable. Je vous observe, je vous écoute et je me moque. Expression neutre, le regard au loin et la jambe qui se balance. Un verre à la main, vide. Je ne m’amuse pas. Ce n’est pas amusant. La chasse à l’homme est une parade stupide. Je ris de vos échecs et les garde en mémoire, pour mieux vous mépriser le lendemain. Je sais avant même que vous ayez fait un pas vers l’inconnu que ça ne marchera pas, il en regarde une autre. Ou un autre. Et puis je me lasse. Vous êtes inintéressants à vous dandiner comme des poulets sur ces déchets sonores. Alors je change de place, pour changer d’angle. Malédiction quand on me repère. Je m’attends à une réflexion sur mon code vestimentaire pas assez léger comme souvent on ose reprocher. Et puis on me tend un verre et me propose de danser. Ridicule illusion. Je sens mon corps transcendé de lasers flambant. La fausse jalousie quand ta proie se dirige vers un élément du décor. Mais ne t’inquiètes pas, je suis végétarienne.

Refuser un verre en glissant à l’oreille qu’il ferait mieux d’inviter une autre à danser. Incompréhension magique dans son regard et je m’éclipse pendant un temps d’inattention. Ma place n’est pas sur la piste de danse. Ma place n’est pas un verre à la main.

Un écran d’ordinateur est parfois plus limpide que vos dites fêtes.


Bloody Heart.

Imagine, on arrive ENFIN à fixer un rdv avec lui. On l’attend au bar, à une table, tranquille. On a déjà commandé parce qu’on poireaute depuis un moment, comme d’habitude. Et il m’assure par message qu’il arrive. Alors on attend. Et là du coin de l’œil tu l’aperçois à la porte. Tu contiens un cri parce qu’il y a des gens autour. Tu me frappes plutôt dans l’épaule, c’est plus discret. Je relève la tête en arrêtant de respirer. J’essaie de relancer les battements de mon cœur quand je l’aperçois. Je me décompose quand il balaye la salle des yeux, jusqu’à nous apercevoir. Il hésite un micro instant pour pas se tromper et je souris. Tu sais, quand j’essaie de retenir un sourire con. Je me mords l’intérieur de la lèvre parce que PUTAIN c’est pas possible qu’il soit là, devant nous. Il prend son air totalement décontracté et s’approche de nous pour entamer la conversation avec un “Salut” tout simple mais tellement craquant. On se lève en même temps en marmonnant des “Coucou” plus ridicules les uns que les autres. Et je sais, je sens, que tu me fixes du coin de l’œil en te moquant intérieurement du fait que je sois en train de DÉCÉDER MA MÈRE quand il s’avance pour faire la bise. Il s’installe sur la chaise face à nous en lançant un simple “Dis donc, il était temps qu’on arrive à se croiser” et là, à ce moment précis, je m’éclate la tête contre la table et meurs d’un trop plein de love dans mon si petit cœur.


Sacrifice.

# Here we go again - The blame, the guilt, the pain, the hurt, the shame. #

Le rideau tombe sur un artiste ému. La foule de l’autre côté du voile clame le retour de la personne qu’ils idolâtrent tant, ne voulant mettre de terme à la soirée. Se délectant encore quelques secondes de son moment de gloire, il cède de nouveau à l’excitation et se glisse devant cette maigre séparation. Il plonge une ultime fois dans cette marée d’applaudissements, un sourire indétrônable aux lèvres. Il est tout à fait conscient de l’état de bonheur des personnes satisfaites de son spectacle, ce qui décuple sa propre joie. Et puis les minutes s’écoulent, il est temps d’avorter cet extase et tirer un trait sur cette date qui s’achève. 

L’homme abandonne la scène une nouvelle fois à contre cœur. Traversant les coulisses, non sans remercier l’équipe technique qui l’a formidablement bien accompagnée, il va s’enfermer dans sa loge. Après avoir vidé une bouteille d’eau pour dessécher sa gorge, il retire les boutons de sa chemise et l’abandonne négligemment sur une chaise. Il se change entièrement, en songeant à sa douche qui l’attend chez lui. Ses pensées tombent alors sur son chien, qu’il a lâchement confié à sa voisine, le temps de quelques jours d’absence. D’habitude il ne s’en sépare jamais, de cette boule de poil. Pourtant cette fois, il avait besoin d’être complètement seul. Seul avec son public. Seul avec la scène. Seul avec son bonheur.

Le jeune garçon sent alors la culpabilité reprendre le dessus et sa mémoire essaye de lui imposer ces souvenirs qu’il essayait de fuir. Il attrape son téléphone et sort dans le couloir. Il reprend le même chemin que précédemment, dans l’autre sens et retourne derrière le rideau. Il observe les planches d’ici, sentant cet habituel sentiment le parcourir. Il esquisse un sourire satisfait, en signe de victoire contre ses peurs et fait un pas en avant. Seuls les sièges désertés lui font face, mais il aime ça. « Le calme après la tempête » pense-t-il un instant avant de se laisser tomber au sol. La musique défilant dans ses oreilles, il augmente le son et observe la salle vide.

“It was a cold september, before the indian summer”

Le garçon glisse sur le dos et ferme ses paupières. Bercé par la musique, il se déconnecte du monde réel pour permettre à ses songes de divaguer. Malgré son calme apparent, son cerveau tourne à plein régime, crispant sa mâchoire lorsque des points sensibles sont atteints. Le coup de téléphone qu’il avait reçu avant son départ hors de la capitale y était pour beaucoup. 

Comme si sa bataille intérieure ne suffisait pas à torturer ce pauvre jeune homme, un grand brun entra sur scène. Lorsqu’il aperçoit son ami ainsi installé, il ne peut s’empêcher de sourire. Il s’approche du blond et s’assoit à ses côtés. Remarquant ses spasmes nerveux, il lui tire un écouteur et pose une main sur son épaule. Si soudainement happé vers la réalité, le plus jeune sursaute. Il cligne plusieurs fois des yeux pour être sûr de l’identité de l’homme penché sur lui. 

Différents sentiments le submergent alors. Une joie soudaine de retrouver cette personne si chère à ses yeux et puis l’envie de le repousser violemment pour mettre un terme à ses angoisses. Il opte pour une attitude sobre, même si il est pleinement conscient que le brun aux cheveux en bataille a la faculté de détecter ses émotions. Il se redresse sur les coudes et lance un simple “salut”. Un peu trop froid, au goût de l’arrivant qui lui renvoie un regard vexé. Ce dernier ne semblant pas vouloir se bouger, il soupire.

« C’est tout ? »

Le brun surpris de ce si simple accueil, ne voulait pas en rester là. Il se penche vers le second homme et anticipe son mouvement de recul. Il ne le laissera pas se défiler une nouvelle fois et s’installe naturellement sur le bas ventre du blond qui étouffe un cri d’étonnement. Ne voulant céder à la tentation à laquelle il fait face, il attrape son téléphone pour faire semblant de ne pas s’intéresser au jeu de son compagnon. Celui-ci même qui était bien décidé à ne pas avoir fait la route de Paris jusqu’à cette ville perdue juste pour se faire refouler par son copain. 

Se connaissant par cœur, les mains ne cessent de s’entremêler pour défendre leur position respective. En position de force, l’homme aux cheveux sombres s’amuse comme un enfant à tirer des soupirs de son ami à bout de force. Son souffle sans le cou du cadet, ses mains tantôt effleurant son ventre, tantôt empêchant de se faire repousser. L’ainé sent alors approcher sa victoire, alors que les refus de son ami se font de plus en plus rares. Il se permet un petit rire lorsqu’il voit les yeux clos du blond, complètement apaisé. Il est sûr d’avoir gagné la bataille quand le cadet grogne sous le ralentissement de la cadence. 

Il dépose alors sa langue contre la mâchoire, remonte lentement jusqu’aux lèvres tant convoitées mais prend un nouveau temps de pause. Il se laisse glisser le long du second corps et redresse simplement son buste de manière à poser son front contre celui de son partenaire. Fatale erreur. Les pupilles glacées du blond réapparaissent alors. Reprenant pleinement ses esprits, il s’injure d’avoir si facilement céder à la tentation. Il serre sa mâchoire, luttant une dernière fois face aux lèvres de son ami qui l’attirent si fortement. Une vague de courage le submerge tout à coup, et il repousse son ainé afin de dégager son propre corps. D’un bond, il se redresse sur ses pieds et observe son ami qui n’a pas eu le temps de comprendre la situation.  

« Arrête de faire ça quand tu me sens vulnérable. Ça fait mal à mon ego »

Le rire tant aimé de son cher et tendre vient lui chatouille les oreilles. Il aimerait à cet instant profiter de cette fausse blague pour lui sauter dessus et continuer cette douce torture. Il aimerait céder de nouveau à ses mains, lui murmurer des paroles mielleuse qui en temps normal l’auraient répugné. Il aurait voulu emprisonner ces lèvres qu’il aime tant et clamer haut et fort que cet homme est sa propriété. 
Pourtant, ce n’est pas le cas.

« Je suis sérieux, Greg. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée
– Tout comme c’était mal de m’avouer tes sentiments. Tu t’en rappelles, de cette mauvaise idée là ? »

Devant cet argument de choc, la tête du jeune s’inclina vers ses chaussures. Ce manque de repartie,  favorable au second, lui permet d’enchainer sans scrupules. 

« Je ne vois vraiment pas où est le problème, là. Je t’ai jamais laissé de côté quand tu m’as avoué que tu m’aimais. Je t’ai jamais repoussé quand tu m’embrassais alors que je trouvais pas ça si kiffant. J’ai jamais angoissé à l’idée que tu me mates n’importe quand. J’ai jamais refusé aucun de tes appels à toute heure du jour ou de la nuit. J’ai jamais eu peur quand tu m’as attrapé la main en pleine rue. J’ai jamais eu honte de t’inviter au restaurant en tête à tête. J’ai jamais essayé d’utiliser ces sentiments contre toi, et je n’ai jamais rien fait avec toi par pitié. Tu m’as fait découvrir une toute nouvelle vie, Corentin et ça sera pas sans toi. Je m’y suis attaché à tout ça.
– Fou moi la paix, Tharell ! »

Un frisson s’empara de l’ainé. Il savait que lorsqu’on utilise son nom, c’est jamais bon signe. Il a bien raison. Il sent son ami prêt à exploser d’un moment à l’autre. Cependant, il n’est pas sûr de sa capacité à garder son propre calme face à la tournure des événements. Ne voulant comprendre, il ose tout de même cette question fatidique. Il essaie de l’enrober de son air idiot dont il a le talent, bien qu’elle lui reste amèrement en travers de la gorge.

« Ah mais en fait t’es en train de me plaquer là ?
– Perspicace !
– C’était pas très flagrant »

Il l’a sa réponse. C’est alors qu’il réalise à quel point il s’était enchainé à cette relation. Il refusait catégoriquement que ce soit la fin de leur histoire. Il trouvait ça trop prématuré. Il y avait pris goût, à cet homme.

« Donne-moi au moins une raison valable »

Le visage du blond vira alors au pâle. Il essayait de rester calme face au flux de souvenirs qui l’assaillait. Il ne pouvait plus refouler, il était temps de s’expliquer. Plus aucunes échappatoires n’étaient envisageables. Il effaça la distance qui le séparait de son ami et fit le plus long plongeon de sa vie.

« Elle m’a appelé, Greg…
– Qui ça ? »

Un seul regard suffit à répondre. L’incompréhension brûlait dans les yeux du brun qui commençait à être blessé par le comportement de son ami. Il garda tout de même la tête froide lorsqu’il lui avoua qu’il parlait de la copine de l’ainé. La femme qu’il aimait depuis tant d’année et avec qui il partageait une vie formidable. 

« Pourquoi ma femme t’aurai appelé toi ? Ça n’a aucun sens
– Peut-être parce qu’elle a remarqué qu’on traine tout le temps ensemble. Enfin, même un aveugle l’aurai vu, on est tellement discret…
– Qu’est-ce qu’elle voulait de toi ?
–  De moi rien. On a parlé de toi, et je dois t’avouer que c’est étrange de parler ensemble du même homme avec qui on…
– Ne finit pas cette phrase. »

Le brun aux yeux verts serra le poing à la simple image de sa copine au téléphone avec son copain. Il ne savait pas duquel il était le plus jaloux, mais il s’en voulait d’être si égoïste. Les deux étaient à lui et jamais il n’avait envisagé d’en lâcher un. C’était au-dessus de ses forces. Maintenant qu’il s’était épris de ces deux relations, il ne pouvait se passer de l’une sans l’autre. Conscient de cette situation dangereuse, il se laissa penser que ce serai peut-être une bonne nouvelle, cette séparation. Mais il n’était pas obligé de laisser tomber son amant. Après tout, c’était peut-être avec lui qu’il s’amu…

« Elle est terrifiée. Tu es en train de t’éloigner, elle le sens. Elle a besoin de toi, en ce moment plus que jamais. Alors écoute-moi bien Tharell, tu vas retourner voir ta femme et m’oublier, ok ? »

Chacun de ces mots étaient comme des coups de poignards. L’un comme l’autre avait du mal à digérer ces paroles mais le plus jeune savait que c’était la meilleure des solutions. 

« C’est impossible ça. Je ne peux pas rester avec elle si tu…
– Tu vas être papa, idiot ! Alors mon pote t’as intérêt à la demander en mariage. Et je serai demoiselle d’honneur, bien sûr ! 
- C’est bon, t’as fini, je peux t’embrasser ? »


# No more tears, my heart is dry #


Lose Yourself To Dance.

Fermer le yeux lui était désormais impossible.

Il n’avait plus la force d’essayer. Il était contraint à se saouler au café du matin au soir. Les kilos de cernes qu’il accumulait faisaient pâlir ses collèges qui ne trouvaient plus de solutions pour l’aider. Il se laissait porter par les jours qui défilaient. Il avait perdu tout contrôle sur sa propre existence. Il n’avait qu’une chose en tête. Une seule. Et ça le hantait. Jours et nuits. Chaque minute, chaque seconde. Comme son âme, comme son ombre. Il ne pouvait s’en débarrasser. Il le savait. Il était également conscient qu’il devait absolument surmonter cette épreuve. Seule la motivation lui manquait. Il n’en avait pas l’envie. Il préférait s’infliger cette douce torture plutôt que d’oublier. Parce qu’il s’en voulait.

Des regrets qui le manipulaient, des excuses qu’il peinait à articuler. Il avait si souvent espérer pouvoir remonter le temps et réécrire les événements. Pas tout. Seulement une chose. Un tout petit détail. Tout le reste il l’assumait. Mais ça. Ce qui le rendait fou. Ce qui lui donnait de douces migraines interminable. Cette chanson. Juste une chanson. Qui résonnait en boucle dans sa tête. Il ne pouvait plus s’en débarrasser. Comme une malédiction. Elle était encrée à jamais dans son crane. Et tous les jours il subissait la voix d’Elvis. Délicate violence.

« Wise man say, only fools rush in »

Comme à chaque fin de mois, ils étaient assis dans ce petit restaurant. C’était un peu leur QG à l’époque. Leur habituel lieu de rendez vous. Vingt-huit jours qui le rongeait. Plus les jours s’écoulaient, plus son impatience croissante était palpable. Il n’attendait qu’une date par mois, celle où il pourrait la retrouver. Ici. Dans ce restaurant, que l’on pourrait apparenter à un café théâtre. Sauf que la scène était remplacée par une piste de danse.

Aucun d’entre eux n’avait jamais imaginé qu’un jour il puisse y avoir une fin à leur rituel. Cela faisait tant d’années qu’ils se rencontraient ici pour rattraper le mois qui venait de se terminer. Depuis leur adolescence ils s’étaient fait la promesse de ne jamais s’oublier. Ils avaient conclu un pacte. Se retrouver à cette table, chaque dernier weekend du mois. Et ne jamais, sous aucun prétexte, s’oublier. Une dizaine d’années après ces paroles enfantines, ils étaient encore là, face à face. C’était si magique…

« Take my hand. Take my whole life too »

Souvent, au moment du dessert, c’était l’ouverture de la piste de danse. Ils regardaient alors les couples se tirer au centre et valser plus ou moins aisément. Ils laissaient alors leur discussion flotter un instant. Ni l’un ni l’autre n’a jamais consciemment su pourquoi ils arrêtaient de parler. Cependant ils se seraient mutuellement frappés si l’un avait daigné émettre un son. C’était seulement à la fin de la première danse qu’ils détournaient leurs regards des danseurs. Un sujet était alors relancé. Pourtant c’était toujours à cet instant précis qu’ils étaient pris de regrets. Jamais ils n’avaient osé s’avouer leur mutuelle envie de danser.

« Some things are meant to be »

Ils ne se souciaient jamais de l’heure. C’était une des règles. Ne jamais se presser, ne jamais se replonger dans la réalité. C’était leur soirée. Ils n’en avaient qu’une par mois. C’était peu. C’était infime. Ça renforçait le lien. La puissance de leur relation était sans limite. Ils le savaient tous les deux

« Like a river flows surely to the sea »

Cette nuit là était plus spéciale que les autres. L’air était frai, une légère brise faisait frémir la cime des arbres et avait dégagé le ciel. Le garçon pressa le pas en serrant le col de son manteau contre son cou. Il entra dans l’endroit maudis en frissonnant. Il s’installa directement au bar, s’inclinant sur le tabouret de sorte à garder leur table vite dans le coin de son œil. Il commanda alors de quoi fixer un voile flou sur ses pensées. Aujourd’hui n’était pas un jour banal. Il n’était en rien similaire à hier et encore moins à demain. Il regarda sa montre et soupira. Aujourd’hui, ce soir, à ce moment même, un an plus tôt, elle passait la porte de l’établissement. La jambe de l’homme commença à trembler nerveusement et il plongea son regard dans sa boisson. Un an qu’il avait tout fichu en l’air. 365 jours qu’il se haïssait qu’avoir fait un pas de trop.

« Shall I Stay»

Au bout du troisième verre, il décida enfin d’écouter la petite voix dans sa tête. « Il faut combattre le mal par le mal. » Le calme régnait dans la salle, les personnes qui dînaient parlaient doucement. L’homme se laissa glisser de son perchoir sous l’œil vigilant du barman. Son pas déterminé fit tourner quelques têtes. Il s’approcha d’un homme au fond de la salle. Il lui fit une requête, lui assurant que c’était vital pour lui qu’il l’accepte. L’autre ne pouvait pas comprendre à quel point passer une chanson pouvait être si précieux. Une chanson, rien qu’une chanson. Sa chanson. Leur chanson. Celle qui lui brûlait le cerveau. Celle dont chaque parole réveillait la douleur de ses entrailles. Fine torture.

« Darling, so it goes… »

Elle était là, dans ses bras. La tête contre son épaule, se laissant emporter par la mélodie. Elle appréciait ce moment. Lui aussi. Pourtant, il était aveuglé par son propre bonheur. Il ne se doutait pas qu’inconsciemment cette rupture d’habitude allait aller si loin.

« Je suis heureuse que tu m’aies proposer de danser… » La danse est le meilleur moyen de te faire sourire.

« Ça restera le plus beau souvenir que je garderai de nous » Il y a donc eu un Nous…

« J’adore Elvis » C’était la première cassette audio que je t’ai offerte.

« Tu vas cruellement me manquer… » Cruel était le bon mot.

« Je déménage. » Bon.

« Loin » Je m’en doutais.

« Je t’appellerai » Si tu gardes mon numéro

« Je ne te remercierai jamais assez pour tout ce que tu as fais pour moi » Alors tais-toi.

Sa voix ne cessait de battre dans ses pensées. Pourtant douce et apaisante, ses paroles avaient été comme des lames de rasoir. Un cœur venait d’exploser. Des lambeaux étaient éparpillés dans les moindres recoins de sa vie.

L’ultime coup de couteau. Il ferma les yeux sur les dernières paroles de la chanson. La savourant une dernière fois. Il était temps. Il était prêt. Il balaya les morceaux de verres qui lui perforait les entrailles depuis trop longtemps.

Un téléphone fut déverrouillé. Un numéro de téléphone effacé. Le silence se fit. Un cœur se remit à battre. Un souffle de vie réapparut.

« I can’t help falling in love with you »

http://youtu.be/6ThQkrXHdh4